Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

littérature - Page 3

  • Sentence VI

    corot_coup de vent.jpg

     

    Promenade

    Il est certainement insensé de se réjouir d’une guerre ; aussi ne puis-je trouver aucune satisfaction à cette paix bourbeuse, que les réseaux d’un pouvoir inverti n’ont de cesse de nous vanter, et de nous vendre cher (puisque ce que nous sommes est en définitive le prix à payer), paix qui n’est maintenue qu’en cédant toujours davantage à nos ennemis ; il en ira ainsi cependant jusqu’à ce que ces ennemis aient eux-mêmes pris possession de la grande majorité de ces réseaux enchevêtrés du pouvoir, à l’intérieur desquels, déjà, on ne peut plus trouver trace d’un centre de décision réel, donc unique et censément conscient de la situation d’ensemble ; et en un sens plus profond, il est au fond indifférent de penser que cette paix est perdue déjà, ou sur le point de l’être très bientôt : elle l’a été réellement dès le départ, du jour où, sans pensée ni aucune parole autre que convenue, il a paru préférable de céder, du jour où se défendre réellement (en attaquant, donc) n’a plus effleuré quiconque, dans ces endroits absurdes et criminels où le pouvoir réel est fragmenté, dissipé, vaincu par anticipation ; car en réalité, loin de se défendre et de nous défendre, ces réseaux de pouvoir, dans la croyance qu’ils se défendaient eux-mêmes en ne nous défendant plus, ont commencé de céder le jour où ils nous ont exposés, montrés comme étant, en nous-mêmes, ce sur quoi précisément il devait être cédé aux ennemis ; et c’est ainsi que nous devînmes à la fois des morts et de la fausse monnaie : on ne nous cédait que pour ce que nous avions été et que nous n’étions plus ; et c’est ainsi que principalement, nos ennemis ont cessé de nous être extérieurs et sont devenus d’abord cette réticulation horizontale d’un pouvoir inverti.

     

     

     

     

     

     

  • Le roi

    charles-quint-2.jpg

    Le roi a seize ans.

    Seize ans et déjà l’État.

    Comme d’une embuscade il porte son regard,

    par-delà les vieillards qui l’entourent au conseil,

    quelque part plus loin dans la salle

    et peut-être ne sent-il rien d’autre

    que le froid du collier de la Toison d’or

    contre le menton long, étroit et dur.

     

    L’arrêt de mort qu’il a devant lui

    reste longtemps sans parafe.

    Et eux imaginent ses tortures de conscience.

     

    Le connaîtraient-il mieux, ils sauraient

    qu’il ne fait que lentement compter jusqu’à soixante-dix

    avant de signer.

     

     

    Rainer Maria Rilke

    Nouveaux poèmes, 1ère partie

    traduction de Lorand Gaspar

     

  • Sentences V

    si vis bellum.png

     

    Cabricomplot

    Comme il est autant difficile d'empêcher une démocratie de ne rien faire que d'empêcher une dictature de faire n'importe quoi, notre époque de tacticiens sans stratégie n'a pas trouvé d'autre solution que celle de se réputer avoir résolu parfaitement ces problèmes en les conciliant : ainsi notre régime politique est-il devenu une dictature qui fait n'importe quoi, en ayant l'air d'une démocratie qui n'en branle pas une ; un régime où les démocrates ont accepté de faire semblant d'avoir le pouvoir pourvu que les dictateurs fassent semblant de ne pas exister ; un régime que défendent, justifient, parfois même par la plus dérisoire contestation, et finalement font vivre copieusement quelques millions de cocus formellement demeurés au rang de citoyens pour-de-rire.

     

    A la Dédé

    La forme dévoyée de ce qu’on avait fait toujours, est devenue un luxe.

     

    Sentence à Paulo

    Eh bien, je vais te dire, moi, mon Paulo, que la haute poésie, la littérature comme on dit vulgairement, est comme une vache, oui, au moins autant que la mer comme une vache, voilà, c'est simplement et énormément et paisiblement une vache, une bête formidable et magnifique et paissant les profondeurs historiques, et il faut donc bien que ces milliers de mouches à merde que l'on publie chaque semaine indiffèrent totalement le mangeur d'entrecôtes, amen !