29.06.2009

Comment je suis devenu positif (pub)

magritte.jpg

C’est une chose assez éprouvante, à la longue, de faire le jour tout ce qu’on pense, la nuit, qu’il ne faudrait pas faire. Et puis, à un moment, tout cela devient indifférent. La mort engourdit vos membres ; vous aimeriez dormir. Avant, selon votre humeur, votre force, vous trouviez moyen de rire des choses atroces ; ou bien vous en pleuriez de rage. On vous disait cynique, nostalgique, pire encore ; on dit n’importe quoi, c’est son job. Vous étiez simplement vivant, pas sans contradiction. L’indifférence, l’habitude, la reconnaissance aussi ont tout nivelé, égalisé. Vous faites une chose le jour, une autre la nuit, elles sont peut-être encore contradictoires, mais elles sont aussi devenues les mêmes. C’est votre routine à vous, c’est tout. La douleur s’atténue. Vous dormez mieux, et plus. Il n’y a plus qu’à faire, le jour, ce que vous savez faire le jour. Ce que vous pensez de ce que vous faites vous indiffère – au diable ! Vous êtes mort. Bien sûr, ce n’est pas désagréable. On trouve d’ailleurs que vous avez gagné en sincérité.

Autoportrait du 28 juin 2009.

 

Il ne me reste plus, pour illustrer cela, qu’à vous laisser cliquer sur la phrase publicitaire suivante : Ce que j’ai fait quand j’ai compris que j’étais un morceau de machine ne sauvera pas le monde.

 

 

 

 

 

23.06.2009

Un homme, de Philip Roth

Un homme, Philip Roth.jpg

Les critiques français me semblent toujours, lorsqu’ils parlent de Philip Roth, insister sur la dimension autobiographique.

Certes.

Lire la suite

15.06.2009

Les morts

UniversalisCosmographia.jpg

Le théâtre est politique.

J’entends dire ça, de temps à autre.

Je veux bien, moi.

Je suis même fondamentalement d’accord.

Lire la suite

10.06.2009

1918

Le vieux monsieur, né dans une époque où l’on pouvait encore juger du monde par ce qu’on en voyait couramment soi-même, me raconte cela, qui a marqué son enfance et peut-être en a signé la fin : l’armée allemande pénétrant sans qu’aucun combat n’ait été livré dans son village de Lorraine. C’est simple : l’armée française a reculé, l’armée allemande a avancé, et c’est tout ; pas un coup de feu. La guerre, il ne l’a finalement vue, et entendue, que cinq années plus tard, lorsqu’elle est repassée dans l’autre sens, avec des combats cette fois, mais bien peu de Français encore pour les livrer.

Un peu plus tard, à propos d’autre chose, il dit que la génération de 1968, finalement, c’est la génération élevée par ceux qui ne se sont pas battus en 1940. Il dit cela, et ne dit que cela ; il ne dit pas, avec une radicalité abusive, par exemple, que les lâches ont levé et nourri des traîtres. Après tout, il a vécu avec ces gens-là ; certainement même les a-t-il aimés ; et il a mêlés à ceux-ci ses propres enfants, qui sans doute s’y sont fondus.

La France, quelque attention qu’elle ait ou non portée à l’humiliation allemande du traité de Versailles, en est donc restée à cette formule : la Der des Ders ; et dans une large mesure, même, au sens le plus trivial, elle y est restée. Le vieux monsieur, par la suite, est allé perdre une guerre en Indochine ; son frère cadet, en Algérie. Guerres dont on a pu avouer, ensuite et plus ou moins franchement, que l’issue nous indifférait en quelque sorte… Voilà, c’est fini. C’était fini depuis 1918. En 1968, on a bruyamment fêté en France les 50 ans de la Der des Ders.

J’aime beaucoup Dada, cette convulsion fulgurante, par-dessus tout inassignable, née du dégoût de la grande boucherie européenne. Je l’aime d’autant plus que je voue aux gémonies tous ses continuateurs prétendus. Que l’art officiel, aujourd’hui, se réclame de Dada n’est pas seulement une escroquerie manifeste ; c’est avant tout un symptôme. La Der des Ders. Il ne s’est rien passé depuis, et rien surtout ne doit arriver. Sauf du fric.

 

03.06.2009

Contresens

Il se rendait compte, maintenant, que ses opinions se délitaient ; il n’en changeait pas, non, comme cela lui était arrivé quelques fois ; il avait la sensation de les regarder, mais de loin, de plus en plus loin, s’effriter, s’écailler comme de la peinture trop longtemps exposée aux intempéries. Et il n’en était nullement soulagé ; il en était effrayé, mortifié. Il assistait corollairement à la raréfaction de sa conversation. Son travail comptable le soulageait grandement, mais la perspective de ses collègues à la pause lui donnait des suées froides. De plus en plus souvent, il se contentait de hocher la tête, non par assentiment réel, mais pour en finir au plus vite. Il aurait voulu ne plus parler du tout, et en même temps, l’angoisse que provoquait cet évanouissement au profit de rien de ses opinions anciennes lui faisait en quelque manière s’accrocher à ces conversations qu’il ne pouvait plus tenir correctement ; il en fit même un ulcère, duquel il put parler tout de même un peu, se laissant même aller parfois à enchaîner plusieurs phrases, cet ulcère ne lui semblant en rien une opinion. Finalement, la douleur l’arrangeait suffisamment pour qu’il s’arrangeât d’elle, l’empêchant de sombrer socialement tout à fait. En même temps, ses interlocuteurs l’engageaient systématiquement à se soigner. Ce qu’il fit après quelque temps, moins pour soulager la douleur que pour s’épargner la réprobation grandissante de son entourage. La douleur disparut. Il eut une crise d’angoisse au volant de sa voiture, sur l’autoroute ; au moment de mourir, il comprit ce qu’il aurait dû faire.

01.06.2009

En attendant Darcos...

Le texte qui suit a maintenant dix ans, voyez comme il se conclut :

 

Quant à l’élimination de toute common decency, c’est-à-dire la nécessité de transformer l’élève en consommateur incivil et, au besoin, violent, c’est une tâche qui pose infiniment moins de problèmes [que d’imposer volontairement la « dissolution de la logique », note du copieur]. Il suffit ici d’interdire toute instruction civique effective et de la remplacer par une forme quelconque d’éducation citoyenne, bouillie conceptuelle d’autant plus facile à répandre qu’elle ne fera en somme que redoubler le discours dominant des médias et du show-biz ; on pourra de la sorte fabriquer en série des consommateurs de droit, intolérants, procéduriers et politiquement corrects, qui seront, par là même, aisément manipulables tout en présentant l’avantage non négligeable de pouvoir enrichir à l’occasion, selon l’exemple américain, les grands cabinets d’avocats.

Naturellement, les objectifs ainsi assignés à ce qui restera de l’Ecole publique supposent, à plus ou moins long terme, une double transformation décisive. D’une part celle des enseignants, qui devront abandonner leur statut actuel de sujets supposés savoir afin d’endosser celui d’animateurs de différentes activité d’éveil ou transversales, de sorties pédagogiques ou de forums de discussion (conçus, cela va de soi, sur le modèles des talk-shows télévisés) ; animateurs qui seront préposés, par ailleurs, afin d’en rentabiliser l’usage, à diverses tâches matérielles ou d’accompagnement psychologique. D’autre part, celle de l’Ecole en lieu de vie, démocratique et joyeux, à la fois garderie citoyenne – dont l’animation des fêtes (anniversaire de l’abolition de l’esclavage, naissance de Victor Hugo, Halloween…) pourra avec profit être confiée aux associations les plus désireuses de s’impliquer – et espace libéralement ouvert à tous les représentants de la cité (militants associatifs, militaires en retraite, chefs d’entreprise, jongleurs ou cracheurs de feu, etc.) comme à toutes les marchandises technologiques ou culturelles que les grandes firmes, devenues désormais partenaires explicités de « l’acte éducatif », jugeront excellents de vendre aux différents participants. Je pense qu’on aura également l’idée de placer, à l’entrée de ce grand parc d’attractions scolaires, quelques dispositifs électroniques très simples, chargés de détecter l’éventuelle présence d’objets métalliques.

 

Jean-Claude Michéa, L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes.

30.05.2009

Croupir

On ne peut pas dire que je surestime le théâtre de mon époque ; il arrive donc qu’on me demande pourquoi je n’écris pas des romans…

 

Je ne m’intéresse presque plus aux actualités, aux nouvelles, aux informations, aux médias ; ils passent quand même. Le monde ne bruit pas d’autre chose.

Au vu du français qu’on enseigne à l’école, et des livres que publient de sinistres coteries parisiennes, il faut admettre que lire ce qui paraît ne doit plus avoir pour quiconque d’un peu intelligent la moindre espèce d’intérêt.

Ne pas lire peut aussi être un acte critique. 

 

(La seule chose, généralement ignorée dans les campagnes, qu’on peut finalement apprendre de Saint-Germain-des-Prés, et qui a également l’immense avantage de dispenser de s’y rendre, c’est que le mot pré peut avoir pour adjectif pratin.)

 

Lire un roman, désormais, c’est tolérer une manière de journalisme amateur qui ne prétendrait même pas, alors que cela seulement pourrait être un peu drôle, dire quelque chose d’important (– Alors, tu la craches, ta gavalda ?) ; ou inversement, qui prétendrait tellement à la révélation, au sens journalistique, d’importance, qu’il en deviendrait aussitôt stupide de boursouflures (Dan Brown, par exemple).

J’attends donc la sortie, je ne sais quand, du prochain roman de Houellebecq.

 

De toute façon, on est bons pour le cinéma et, bêtise pour bêtise, personne d’un peu sensé ne fait même plus mine d’en attendre quoi que ce soit d’un peu intelligent.

 

Adios.

 

 

 

 

 

 

 

24.05.2009

Banalités

 

 

 

 

 

 

Souvent – parfois ne serait pas assez –, marchant au hasard de la ville et de ses rues, des bribes de dialogues, étrangement désarrimées de toutes personnes, personnages ou même visages, flottent dans ma tête. (Peut-être que j’entends leurs voix, ou bien leur prête mentalement la mienne ; quoiqu’il me semble parfois songer à des voix féminines… Non, je ne suis pas cinglé, merci.)

Celle-ci, par exemple, l’autre jour :

Lire la suite

23.05.2009

Théâtre de l'Europe ?

Union1.png

Lire la suite

20.05.2009

La création veut des pièces nulles !

Invité en guise de changement de décor, à lire trois minutes de texte sur l’art du théâtre à la suite du directeur du théâtre et d’un comédien, j’ai donné ce petit montage :

 

 

 

 

 

L’intellectuel irrite l’homme cultivé comme l’adolescent irrite l’adulte, non par l’audace de ses idées mais par la banalité de ses présomptions.

 

Nicolas Gomez Davila

 

[Je précisai ensuite, pour la compréhension de l’auditoire, que ce qui est nommé régie dans le texte qui suit est ordinairement nommé mise en scène, et régisseur metteur en scène.]

 

La mise en scène est-elle une création ou une interprétation ?

Le créateur, au théâtre, c’est l’auteur. Dans la mesure où il nous apporte l’essentiel. Quand les vertus dramatiques et philosophiques de son œuvre sont telles qu’elles ne nous permettent aucune possibilité de création personnelle, lorsque nous nous sentons encore, après chaque représentation, son débiteur. Ce qui ne signifie pas que l’œuvre soit parfaite. La perfection d’ailleurs, c’est Voltaire dramaturge.

Donner son sens, par le jeu des corps et de l’âme des interprètes, à une scène de Shakespeare par exemple, est une tâche qui exige du régisseur l’emploi de toutes ses facultés d’artiste, mais ça n’est jamais qu’une œuvre d’interprétation. Le texte est là, riche au moins d’indications scéniques incluses dans les répliques mêmes des personnages (mise en place, réflexes, attitudes, décors, costumes, etc…). Il faut avoir la sagesse de s’y conformer. Tout ec qui est créé hors de ses indications est « mise en scène » et doit être de ce fait méprisé. Et rejeté. J’ai pris l’exemple de Shakespeare parce que chacune de ses œuvres offre au régisseur trop imaginatif l’illusion et les tentations de la création. Ce n’est pas l’imagination du régisseur qui doit ici imposer la vue d’un personnage, cela est insupportable ; c’est le personnage qui, suffisamment dépouillé, doit rester « ouvert » à l’imagination du public. Ce dépouillement, facilité déjà par les rares indications scéniques de Shakespeare, implique bien entendu un jeu plastique ordonné, sans bavure, mais exige par contre du comédien une sensibilité toujours frémissante, toujours en contact avec le public.

Je me permets d’ajouter que si le régisseur faisant « répéter » un chef d’œuvre se considère comme un créateur, j’en dirais autant des comédiens. Et du public aussi, pourquoi non ? Rappelez-vous cette boutade des vieux comédiens : « l’auteur écrit une pièce, le comédien en joue une autre, le public en comprend une troisième ». Mais alors, je vous le demande, qui sera un interprète ? Quand ça ne serait que pour donner un sens précis à chaque mot de notre profession, il serait indispensable de s’en tenir à une distinction raisonnable en ce qui concerne les notions de créateur et d’interprètes.

Il reste cependant un champ clos où le metteur en scène affamé de création peut trouver pâture à son génie dévorant : lorsque la pièce est nulle ; lorsqu’elle n’est plus, à l’implacable usure des répétitions, qu’un prétexte, un inévitable aide-mémoire. Parmi les pratiques du comédien, il existe cependant un art authentique de création. Celui du Mime. « Un canevas, et mon corps parle. »

 

Jean Vilar  

 

[J’ajoute que l’art du mime a certainement disparu avec le respect, et donc la possibilité, du silence.]

 

Lorsque la rouerie commerciale des uns exploite la crédulité culturelle des autres, on parle de diffusion de la culture.

 

Nicolas Gomez Davila

 

 

 Je conclus donc par ce titre : La création veut des pièces nulles !

17.05.2009

Production

production théâtrale.jpg

C’est étonnant, tout de même, comme je n’entends personne se plaindre qu’il n’y ait plus de critique théâtrale qui ne soit pas avant tout publicitaire ; cela vient peut-être de ce que tous les gens du milieu cherchent la publicité, non la critique ; cela vient donc à coup sûr du fait qu’il n’y a pas d’œuvres.

 (Quoi, j’ai dit un gros mot ? Des « productions », comme on dit pour ne pas dire des produits, ce ne sont pas nécessairement des œuvres.)

Aucune importance, donc.

 

14.05.2009

Cool

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur notre autoroute, les cadavres servent de bornes kilométriques ; ainsi, ils servent encore et personne ne les voit. Tous les dix kilomètres, il y a un fœtus éclaté. Celui-là, au moins…

Ce qui serait vraiment criminel, c’est de les laisser traîner. C’est ce que j’ai dit en reprenant une bière tiédasse. Celui-là, au moins, n’a pas su qu’il souffrait. C’est quand même bon, de rire. Ma collègue a rigolé aussi.

Regarde comment il est mort, celui-là : il marchait, la voiture l’a fauché volontairement, les gars sont descendus, puis ils l’ont un peu éventré, ils l’ont castré et lui ont fait manger ses couilles. Durée : quatre minutes vingt. Il a mis des heures à crever, ensuite.

Ouais, c’est un peu ennuyeux, à force. La bagnole, les coups, le bouffage de couilles, c’est bien ; mais l’agonie dure trop vraiment longtemps. On s’emmerde. On la coupera au montage. Vous conduisez dans un état proche de l’hypnose.

Ou on garde une image pour une minute. Les neuf heures d’agonie sans intérêt en accéléré, soit vingt-deux secondes et quelques de film. Comme l’éclosion d’une fleur. L’écran me fatiguait les yeux.

J’ai ouvert la bière, c’était vraiment une bonne soirée. Je ne suis pas rentré trop tard, j’avais envie de baiser.

 

 

 

 

 

 

13.05.2009

Imago mortis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être était-ce à cause de la musique dans l’habitacle, mais le paysage plat – vert éclatant des jeunes pousses, ciel gris, champs de fleurs jaunes –  rompu en son mitan par la voie romaine, m’a aujourd’hui paru relever tout à fait de la science-fiction. Je me sentais là comme chez moi, impeccablement seul, me mouvant sans effort, ne comprenant pas un mot de ce qui était chanté, dans ce paysage où je n’habite pas. Extase douce dans la matrice automobile. Une façon sans doute de sommeil.

12.05.2009

Cras mane

 

 

 

 

 

 

 

 

Il la regarde plutôt que le frigo

Et elle par la fenêtre le ciel.

 

Elle dit une chose banale

Du café ?

Dont son esprit est à mille lieues

Puis elle lui sourit

Attendant sinon sa réponse

Sa voix.

 

Lui songe à ce rêve qu’il a fait

Au-dedans un secret

Dont il ne parlera jamais

Puis il lui répond

Avec des mots banals

Les mêmes.

09.05.2009

L'aversion officielle

Culutre.aff.NB.jpg

Je donne ici une nouvelle scène de Pour une Culutre citoyenne !, laquelle met aux prises, si j’ose dire, un jeune metteur en scène (sic) et son conseiller théâtre (sic aussi) d’une institution nationale point nommée.

Les comédiens jouant cette scène, dans le spectacle que nous avons donné, et qui, étrangement, n’a guère tourné, étaient Arnaud Frémont et Elena Lloria Abascal.

Cette scène, chaque fois, fut la plus drôle, et, dans les discussions âpres qui parfois ont pu suivre le spectacle, elle ne fut jamais considérée comme porteuse d’une exagération manifeste.

Elle suit, d’un bloc.

Lire la suite

08.05.2009

Narcissisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La manière dont chaque matin tu parais dans ton miroir, en réalité, est très étudiée : tu ne t’y surprends jamais.

C’est en descendant de voiture, dans une vitre posée là par hasard, que finalement tu t’es vu : pas rasé, tassé, un peu voûté avec du bide, les cheveux en pétard, le teint gris du rat de bibliothèque fumeur.

En somme, c’est dans l’intimité que tu fabriques chaque matin l’image que tu veux croire que les autres ont de toi.

Et tout le reste, je le crains, est à l’avenant…

07.05.2009

Défaire la folie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La question de la lecture est celle du juste rapport entre ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raison garder

Voici une courte saynète de commande.

 

Elle a peut-être quarante ans, un peu moins ou un peu plus ; c’est une petite bourgeoise moderne, décontractée, sympathique et  vulgaire – elle est « prof » ou secrétaire de direction. C’est vers la fin de ce dîner dansant, elle a peut-être bu un peu, mais à présent elle déguste par saccades ce café qu’elle n’aime pas – il n’y avait pas de thé au menu – en regardant les gens danser.

Lire la suite

05.05.2009

Théâtre des idées

Pour commencer :

Je ne suis évidemment pas compétent pour parler de ce dont je parle. J’en ai donc profité pour aller vite, et ne citer précisément personne dans le texte qui suit. Je ne suis pas intellectuellement formé – et aussi, j’ai ce goût stupide pour l’exagération et la caricature –  pour dire mon désaccord avec des esprits incomparablement plus brillants que le mien (ne point lire ici d’ironie), qu’il s’agisse de ce géant de Platon, ou, plus proches de nous dans le temps, de Brecht, Vitez, Bond (Edward, hein, pas James) ou Badiou…et même, quoique nettement moins concerné ici, Ionesco…Puisque j’en suis à nommer de façon pas du tout exhaustive les gens que je ne cite pas, je vais – pour compenser ! – citer deux phrases d’autres excellents auteurs – lesquelles phrases, je l’espère, sembleront à certains d’emblée éliminatoires –, que l’écriture hâtive de mon texte m’a ramenées en mémoire. La première ne se laisse pas épuiser par sa simplicité :

 

Personne, mieux que Shakespeare, n’a su comment se passe la vie.

Guy Debord, Panégyrique

 

…quant à la seconde, plus complexe pour qui n’a pas à l’esprit que pour un chrétien le Christ en sa double nature, homme et Dieu, est la Vérité, et conséquemment que toute autre prétendue vérité…

 

Si l’on me prouvait que le Christ est hors de la vérité et qu’il fût réel que la vérité soit hors du Christ, je voudrais plutôt rester avec le Christ qu’avec la vérité.

Fédor Dostoïevski, Lettre à Nathalie Fonvisine, 1854

 

J’ajoute finalement une troisième citation, de formulation magnifique en sa fin, pour enchaîner sur la précédente et ouvrir enfin sur mon petit texte :

 

C’est cet imprévisible, cet inconnu de la nature humaine qui est le grand intérêt de Dostoïevski. L’homme est un inconnu pour lui-même et il ne sait jamais ce qu’il est capable de produire sous une provocation neuve.

Paul Claudel, Mémoires improvisés

Lire la suite

04.05.2009

Acte III...

Remis le nez (les yeux et la main, en fait) dans mon manuscrit en cours.

Impression, en fin de troisième acte, que la pièce est finie. Du moins qu’elle est montée. Et qu’il va maintenant falloir la démonter – ce qui, d’un coup, me paraît beaucoup plus difficile. Comme une opération complexe et minutieuse d’horlogerie, dont dépendrait l’utilisation future de l’objet. Je me sens des moufles. Evidemment.

Tout se noue, paraît-il, au quatrième acte (quelqu’un m’a gentiment rappelé ça il y a peu de temps). Parce que c’est en fait le premier. Le grand démontage commence. Tout ce qui a été amené là, l’a été pour être démonté (c’est peut-être ça qui est le plus drôle, d’ailleurs).

 

J’ai été tellement lent à écrire, et tellement lourd et pénible, que je me dis que je devrais foncer maintenant, démolir tout à grande vitesse, comme un type qui, étant parvenu au sommet, jouerait à se casser la gueule dans la descente.

(C’est idiot. Le début de la phrase me concerne et sa fin la pièce – enfin, j’espère.)

 

Quoi que cela n’ait rien à voir, cette histoire de troisième acte me rappelle Tartuffe.

 

Tartuffe est une pièce qui finit à l’acte III, le personnage éponyme victorieux. C’est cela que certains, sans doute, ont pu voir, un seul soir, en 1664. Scandale. Les deux derniers actes, ajoutés ensuite pour défaire ce Tartuffe devenu Panulphe, n’y changeront rien : la pièce, en 1667, ne peut encore jouer qu’un soir (l’interdiction de police, assez bellement, dit que « ce n’est pas au théâtre de prêcher l’Evangile » ; l’archevêque de Paris, quant à lui, menace d’excommunication…). Ce n’est pas tant le sort final de Tartuffe, mais que simplement soit révélée son existence dans le miroir du théâtre, qui fait scandale (au demeurant et quant au monde, il est sans doute plus réaliste que Tartuffe soit vainqueur). La pièce est autorisée en 1669, les temps ont changé.

Tartuffe était peut-être cette étrangeté-là : un secret mondain.

 

Cela ouvre des perspectives (pour une autre fois et pour une autre pièce, qui sait ?).

 

 

Tartuffe.jpg
 
Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs