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politique - Page 2

  • Le roi

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    Le roi a seize ans.

    Seize ans et déjà l’État.

    Comme d’une embuscade il porte son regard,

    par-delà les vieillards qui l’entourent au conseil,

    quelque part plus loin dans la salle

    et peut-être ne sent-il rien d’autre

    que le froid du collier de la Toison d’or

    contre le menton long, étroit et dur.

     

    L’arrêt de mort qu’il a devant lui

    reste longtemps sans parafe.

    Et eux imaginent ses tortures de conscience.

     

    Le connaîtraient-il mieux, ils sauraient

    qu’il ne fait que lentement compter jusqu’à soixante-dix

    avant de signer.

     

     

    Rainer Maria Rilke

    Nouveaux poèmes, 1ère partie

    traduction de Lorand Gaspar

     

  • Sentences V

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    Cabricomplot

    Comme il est autant difficile d'empêcher une démocratie de ne rien faire que d'empêcher une dictature de faire n'importe quoi, notre époque de tacticiens sans stratégie n'a pas trouvé d'autre solution que celle de se réputer avoir résolu parfaitement ces problèmes en les conciliant : ainsi notre régime politique est-il devenu une dictature qui fait n'importe quoi, en ayant l'air d'une démocratie qui n'en branle pas une ; un régime où les démocrates ont accepté de faire semblant d'avoir le pouvoir pourvu que les dictateurs fassent semblant de ne pas exister ; un régime que défendent, justifient, parfois même par la plus dérisoire contestation, et finalement font vivre copieusement quelques millions de cocus formellement demeurés au rang de citoyens pour-de-rire.

     

    A la Dédé

    La forme dévoyée de ce qu’on avait fait toujours, est devenue un luxe.

     

    Sentence à Paulo

    Eh bien, je vais te dire, moi, mon Paulo, que la haute poésie, la littérature comme on dit vulgairement, est comme une vache, oui, au moins autant que la mer comme une vache, voilà, c'est simplement et énormément et paisiblement une vache, une bête formidable et magnifique et paissant les profondeurs historiques, et il faut donc bien que ces milliers de mouches à merde que l'on publie chaque semaine indiffèrent totalement le mangeur d'entrecôtes, amen !

     

  • Valls, Ayrault, Cazeneuve contre l'ennemi

     

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    – La question est de savoir où est l’ennemi.

    – Il est dehors, et je l’ai chassé, dit Danton.

    – Il est dedans, et je le surveille, dit Robespierre.

    – Et je le chasserai encore, reprit Danton.

    – On ne chasse pas l’ennemi du dedans.

    – Qu’est-ce donc qu’on fait ?

    – On l’extermine.

    – J’y consens, dit à son tour Danton.

    Et il reprit :

    – Je vous dis qu’il est dehors, Robespierre.

    – Danton, je vous dis qu’il est dedans.

    – Robespierre, il est à la frontière.

    – Danton, il est en Vendée.

    – Calmez-vous, dit une troisième voix, il est partout ; et vous êtes perdus.

    C’était Marat qui parlait.

     

    Victor Hugo, Quatrevingt-treize

  • Sentences III

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    Infraction

    La boue, la boue dans laquelle je suis né, dans laquelle j'ai grandi et puis vécu adulte, oui, cette boue, si ignoble soit-elle, dont intimement je me sens constitué depuis des générations, combien elle me paraît aujourd'hui moins sale que cette ville mortifère dont le crime et la vanité ont fait une capitale historique, une ville du passé, seulement du passé !

     

    Désarroi
     
    Et moi, monsieur le président, qui suis un lave-vaisselle déjà vieux de quatre ans, nom d'une couille en bois, j'aurais tellement aimé être un four micro-ondes dernière génération et mourir en réchauffant un cassoulet industriel au canard dont les cuisses rabougries sont faites de viande de porc reconstituée en Chine ou en Allemagne, enfin un de ces pays qui a jeté le rien d'honneur qui lui restait contre un bonne grosse carotte à s'enfoncer soi-même dans le cul, alors ta gueule, ta gueule, ta gueule, monsieur le président sous vide, mort aux cons et vive le Qatar libre !
     
     
     
    Poisson
     
    Que mon échec avéré serve au moins à ceci : que je revienne un jour futur, et partant : hypothétique, sur ce qui m'a fait, ne pouvant ignorer ces effluves nous environnant, rêver absolument de prendre la tête de cette pseudo-culture qui déjà, oui, je me répète, puait si fort.
     
     
     
     
  • Sentences II

     

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    Clic

    Vous nous faites chier avec vos religions, les mecs, vos croyances immondes (vos dieux hyper-ringards sortis de bouquins arriérés, nuls, vasouillards)... car ce putain de monde ne tient que tant qu'on a l'électricité, et imagine un peu, mec, toi qui crois que la religion est ce qui relie entre eux les humains, combien on l'aurait dans le fion si tout à coup demain toute l'électricité s'arrêtait... plus rien du tout ne marcherait... tu le vois, le chaos ? le putain de chaos ? pas le retour décroissant au rural ou ce genre de foutaises à gogos, non, en deux jours le retour au bestial, au limpide carnage : no transport no argent no bouffe et no lumière no média no ascenseur et no bankage, ça va buter dans les chaumières; en bref no lien between les mecs sans cette pute élec, et juste le carnage pour dernier paysage.

     

    Horizon

    Je vais partir d'ici, vous savez; je vais partir et vous abandonner ici; et quand je reviendrai, car je reviendrai, vous ne serez plus là ; quand je dis que je vais partir, vous vous dites peut-être que je vais partir de longues années, et que quand je reviendrai, car je reviendrai, vous serez mort, car vous serez mort ; vous ne vous trompez que sur la durée: je ne vais pas partir des années, je vais partir quelques minutes, pas plus de deux, peut-être même moins d'une.

     

    Bonheur

    Comment je me sens ?... eh bien, je me sens comme derrière la vitre le vieux chien au soleil, couché sur le tapis, qui sent ses flancs doucement s'engourdir, et qui se dit : on est bien, là, on est bien ; et ne se lèvera plus.