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littérature - Page 4

  • Valls, Ayrault, Cazeneuve contre l'ennemi

     

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    – La question est de savoir où est l’ennemi.

    – Il est dehors, et je l’ai chassé, dit Danton.

    – Il est dedans, et je le surveille, dit Robespierre.

    – Et je le chasserai encore, reprit Danton.

    – On ne chasse pas l’ennemi du dedans.

    – Qu’est-ce donc qu’on fait ?

    – On l’extermine.

    – J’y consens, dit à son tour Danton.

    Et il reprit :

    – Je vous dis qu’il est dehors, Robespierre.

    – Danton, je vous dis qu’il est dedans.

    – Robespierre, il est à la frontière.

    – Danton, il est en Vendée.

    – Calmez-vous, dit une troisième voix, il est partout ; et vous êtes perdus.

    C’était Marat qui parlait.

     

    Victor Hugo, Quatrevingt-treize

  • Sentences IV

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    Diplomatie

    – Ce qui est important ne se négocie pas.

    – Qu’est-ce qui est important ?

    – Discutons-en.

     

    Permanence

    Tant que des gens auront souffert pour moi, j’irai bien.

     

    Printemps

    A mon avis, aucun calamiteux journal ne publiera que les oiseaux ont recommencé de chanter dans l'orme de la cour voisine, que la brise un poil fraîche fait doucement remuer le voilage de la fenêtre entrouverte et que, le dos chauffé par un rai de lumière, le visage au-dessus de ce premier café fumant, c'est en allumant une cigarette que je m'accommode de cette tragédie en cours, dont on veut à toute force m'apprendre incessamment l'existence, et à laquelle, au fond, je ne croirai pas, quoi qu'il me soit loisible de donner le change sans effort, tant que les caniveaux de ma rue ne seront pas gorgés de sang humain – ce qui ne saurait donc tarder.

     

     

     

  • Sentences III

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    Infraction

    La boue, la boue dans laquelle je suis né, dans laquelle j'ai grandi et puis vécu adulte, oui, cette boue, si ignoble soit-elle, dont intimement je me sens constitué depuis des générations, combien elle me paraît aujourd'hui moins sale que cette ville mortifère dont le crime et la vanité ont fait une capitale historique, une ville du passé, seulement du passé !

     

    Désarroi
     
    Et moi, monsieur le président, qui suis un lave-vaisselle déjà vieux de quatre ans, nom d'une couille en bois, j'aurais tellement aimé être un four micro-ondes dernière génération et mourir en réchauffant un cassoulet industriel au canard dont les cuisses rabougries sont faites de viande de porc reconstituée en Chine ou en Allemagne, enfin un de ces pays qui a jeté le rien d'honneur qui lui restait contre un bonne grosse carotte à s'enfoncer soi-même dans le cul, alors ta gueule, ta gueule, ta gueule, monsieur le président sous vide, mort aux cons et vive le Qatar libre !
     
     
     
    Poisson
     
    Que mon échec avéré serve au moins à ceci : que je revienne un jour futur, et partant : hypothétique, sur ce qui m'a fait, ne pouvant ignorer ces effluves nous environnant, rêver absolument de prendre la tête de cette pseudo-culture qui déjà, oui, je me répète, puait si fort.
     
     
     
     
  • Sentences II

     

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    Clic

    Vous nous faites chier avec vos religions, les mecs, vos croyances immondes (vos dieux hyper-ringards sortis de bouquins arriérés, nuls, vasouillards)... car ce putain de monde ne tient que tant qu'on a l'électricité, et imagine un peu, mec, toi qui crois que la religion est ce qui relie entre eux les humains, combien on l'aurait dans le fion si tout à coup demain toute l'électricité s'arrêtait... plus rien du tout ne marcherait... tu le vois, le chaos ? le putain de chaos ? pas le retour décroissant au rural ou ce genre de foutaises à gogos, non, en deux jours le retour au bestial, au limpide carnage : no transport no argent no bouffe et no lumière no média no ascenseur et no bankage, ça va buter dans les chaumières; en bref no lien between les mecs sans cette pute élec, et juste le carnage pour dernier paysage.

     

    Horizon

    Je vais partir d'ici, vous savez; je vais partir et vous abandonner ici; et quand je reviendrai, car je reviendrai, vous ne serez plus là ; quand je dis que je vais partir, vous vous dites peut-être que je vais partir de longues années, et que quand je reviendrai, car je reviendrai, vous serez mort, car vous serez mort ; vous ne vous trompez que sur la durée: je ne vais pas partir des années, je vais partir quelques minutes, pas plus de deux, peut-être même moins d'une.

     

    Bonheur

    Comment je me sens ?... eh bien, je me sens comme derrière la vitre le vieux chien au soleil, couché sur le tapis, qui sent ses flancs doucement s'engourdir, et qui se dit : on est bien, là, on est bien ; et ne se lèvera plus.

     

     

  • Tremble, Daech !...

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    Bataille de Wagram, 6 juillet 1809, par Horace Vernet

     

    J’estime qu’ils ont tort de jouer de la sorte.

     

    Après les attentats de janvier 2015, qui firent 17 morts dans Paris, sans doute surprise par ce brusque accès d’une violence aveugle qu’elle avait cru définitivement cantonnée à son ignoble passé historique qu’elle faisait tout pour oublier, la France avait bêtement omis de riposter (autrement qu’en brandissant et affichant des papiers) ; après les attentats de novembre 2015, qui firent 130 morts dans Paris, la France, déclarée en état d’urgence jusqu’à la disparition d’un ennemi qu’elle se refusait à nommer et combattre, enfin unie derrière le plus grand chef de guerre qu’elle ait connu depuis le général Bonaparte, riposta par une impitoyable révision constitutionnelle, qui, la divisant elle-même au passage, ne devait probablement servir à rien, sinon à fort heureusement restreindre un peu les libertés publiques de citoyens par avance soupçonnés de ne pas se satisfaire d’une telle riposte.

    En hommage à nos gouvernants de rencontre, « chétive espèce » de « pauvres nains vainqueurs », ce poème – qui les décrit exactement, non moins que la réaction saine à laquelle inconsidérément ils s’exposent – tiré des magnifiques Châtiments de Victor Hugo :

     

    Ô drapeau de Wagram ! ô pays de Voltaire !

    Puissance, liberté, vieil honneur militaire,

    Principes, droits, pensée, ils font en ce moment

    De toute cette gloire un vaste abaissement.

    Toute leur confiance est dans leur petitesse.

    Ils disent, se sentant d’une chétive espèce :

    – Bah ! nous ne pesons rien ! régnons. – Les nobles cœurs !

    Ils ne savent donc pas, ces pauvres nains vainqueurs,

    Sautés sur le pavois du fond d’une caverne,

    Que lorsque c’est un peuple illustre qu’on gouverne,

    Un peuple en qui l’honneur résonne et retentit,

    On est d’autant plus lourd que l’on est plus petit !

    Est-ce qu’ils vont changer, est-ce là notre compte ?

    Ce pays de lumière en un pays de honte ?

    Il est dur de penser, c’est un souci profond,

    Qu’ils froissent dans les cœurs, sans savoir ce qu’ils font,

    Les instincts les plus fiers et les plus vénérables.

    Ah ! ces hommes maudits, ces hommes misérables

    Eveilleront enfin quelque rébellion

    A force de courber la tête du lion !

    La bête est étendue à terre, et fatiguée ;

    Elle sommeille, au fond de l’ombre reléguée ;

    Le mufle fauve et roux ne bouge pas, d’accord ;

    C’est vrai, la patte énorme et monstrueuse dort ;

    Mais on l’excite assez pour que la griffe sorte.

    J’estime qu’ils ont tort de jouer de la sorte.