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démocratie - Page 2

  • Chiasmes

     

     

     

     

     

     

    Dans presque tous les pays, à côté des partis qui déclarent leur volonté de défendre l’Etat parlementaire et de pratiquer une politique d’équilibre intérieur, c’est-à-dire libérale et démocratique (ce sont là les conservateurs de tous genres, depuis les libéraux de droite jusqu’aux socialistes de gauche), il y a des partis qui posent le problème de l’Etat sur le terrain  révolutionnaire : ce sont les partis d’extrême-droite et d’extrême-gauche, les « catilinaires », c’est-à-dire les fascistes et les communistes. Les « catilinaires » de droite redoutent le désordre. Ils accusent le gouvernement de faiblesse, d’incapacité, d’irresponsabilité. Ils défendent la nécessité d’une solide organisation de l’Etat, d’un contrôle sévère de toute la vie politique, sociale, économique. Ce sont les idolâtres de l’Etat, les partisans de l’Etat absolu. C’est dans un Etat centralisateur, autoritaire, anti-libéral, anti-démocratique, qu’ils voient la seule garantie d’ordre et de liberté, la seule digue contre le danger communiste. « Tout dans l’Etat, rien en dehors de l’Etat, rien contre l’Etat », affirme Mussolini. Les catilinaires de gauche visent à la conquête de l’Etat pour instaurer la dictature des ouvriers et des paysans. « Là où il y a liberté, il n’y a point d’Etat », affirme Lénine.

     

    Curzio Malaparte, Technique du coup d’Etat, 1931

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Encore un effort... (2)

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    Lire la première partie.

     

     

    Je ne nierai pas cependant qu’une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentré tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d’un homme ou d’un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.

    Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l’oppression qu’il fait subir aux individus est quelquefois plus grande ; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu’on le gêne et qu’on le réduit à l’impuissance, peut encore se figurer qu’en obéissant il ne se soumet qu’à lui-même, et que c’est à l’une de ses volontés qu’il sacrifie toutes les autres.

    Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d’elle, les forces et les droits qu’on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l’Etat, mais profitent à l’Etat lui-même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu’ils ont fait au public de leur indépendance.

    Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c’est donc diminuer le mal que l’extrême centralisation peut produire, mais ce n’est pas la détruire.

    Je vois bien que, de cette manière, on conserve l’intervention individuelle dans les plus importantes affaires ; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L’on oublie que c’est surtout dans le détail qu’il est dangereux d’asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu’on pût jamais être assuré de l’une sans posséder l’autre.

    La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point ; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l’usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l’obéissance, qui n’est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir ; cet usage si important, mais si court et si rare, n’empêchera pas qu’ils perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes, et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l’humanité.

    J’ajoute qu’ils deviendront bientôt incapables d’exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu’ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables ; s’agit-il du gouvernement de tout l’Etat, ils confient à ces citoyens d’immenses prérogatives ; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d’élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s’étonnent et cherchent encore ; comme si le mal qu’ils remarquent ne tenait pas à la constitution du pays bien plus qu’à celle du corps électoral.

    Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir d’un peuple de serviteurs.

    Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m’a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l’imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine ; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait s’étendre aux pieds d’un seul maître.

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    Fin du chapitre « Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre », à la fin du second volume de « De la démocratie en Amérique », d’Alexis de Tocqueville (1835).