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saint athanase d'alexandrie

  • Rentrée littéraire (2), une tombe

    Tombe de Bossuet.jpg

    Le dix-septième siècle français, classique et baroque, s’éloigne lentement de nous. Molière et La Fontaine nous sont un peu plus proches, pour de mauvaises raisons peut-être, que Racine, ou pire : Corneille, ou pire encore : Bossuet. Attardons-nous quelques secondes sur ce dernier.

    Sa langue, plus accessible en apparence que l’alexandrin, est tout de même trop haute, sa parole trop irréductiblement chrétienne ; nous ne lisons déjà plus Bossuet. Si par extraordinaire vous ne me croyiez pas vraiment, ou trouviez que j’exagère, cherchez donc une édition récente des Œuvres Complètes du plus grand prosateur français : c’est bien simple, il n’y en a pas.

    Mais le dix-septième siècle français n’est pourtant pas sorti comme ça, par magie, tout armé, de la cuisse d’un Jupiter quelconque. Et le fait est que si nous ne lisons pas Bossuet, nous ne lisons pas davantage les excellents auteurs que Bossuet avait lus.

    Rendez vous donc dans la cathédrale Saint-Etienne de Maux, sur la tombe de Jacques-Bénigne Bossuet, vous y pourrez lire, gravée dans le marbre – stricto sensu –, une bibliographie succincte.

    Tel fut, apparemment, le vœu du défunt.

     

    A gauche :

    EXPOSITION            Athanasius

                                       Greg. Nazian

     

    Au centre :

    BIBLIA SACRA         Sanctum J.C. Evangilium

     

    A droite :

    VARIATIONS            Augustinus

                                       Hieronymus

     

    De part et d’autre de l’Evangile, en somme : Saint Athanase d’Alexandrie et saint Grégoire de Nazianze ; saint Augustin et saint Jérôme.

    L’Orient et l’Occident.

     

    – Merde, des saints…

    Conclut, peut-être, tel lecteur atterré.

     

    Bossuet et ses saints.JPG

     

    Notons toutefois que les œuvres de ses saints-là, pour la plupart, sont éditées ; on les peut trouver dans la collection « Sources chrétiennes » des éditions du Cerf, aux Belles Lettres (pour les poèmes de saint Grégoire de Nazianze), en livre de poche ou en Pléiade pour saint Augustin…

     

     

     

     

    Trouvée sur Wikimédia, la photographie est signée Vassil. Cliquez dessus pour l'agrandir.

  • Fictions pourries

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    On ne peut pas dire que la philosophie, qui s’est au fil des siècles modernes toujours plus éloignée de son étymologie, en soit venue à proposer aux hommes une façon simple de vivre. Elle aussi s’est technicisée et spécialisée, jusqu’à devenir une discipline parmi tant et tant d’autres, et n’est plus guère accessible qu’à ses techniciens et spécialistes, lesquels, barrant de leur jargon en expansion constante tout accès au profane, semblent entre eux divisés en factions rivales se livrant, comme exactement partout ailleurs, à une course aux places et aux prix. Je me pâme évidemment chaque matin, dès le réveil, devant une telle sagesse.

    2014199219.jpgJe me repose donc de ma très rare fréquentation de ces phraseurs de long par quelques saines excursions en territoires théologiques, quoique je ne sois pas davantage théologien. Et c’est justement la lecture du Contre les païens de saint Athanase d’Alexandrie qui m’a inspiré ce premier paragraphe. Dès les premières pages, jusqu’à la toute fin, en exceptant peut-être quelques passages qui m’ont semblé répondre de façon presque exclusive aux querelles et combats de l’époque, le Contre les païens déploie, dans une langue assez simple, un très grand nombre de questions philosophiques, lesquelles – miracle – sont accompagnées de leur lisible et très sensée réponse.

    Et pourtant, les questions abordées ne sont pas si simples. A preuve que nos spécialistes et techniciens s’acharnent encore dessus, vainement, et d’abord parce qu’ils ont considérablement dégueulassé les énoncés à force de les tripatouiller dans tous les sens. Il y est question de l’homme et de Dieu, de l’être et du néant, du mal (qui n’a pas de substance propre), des désirs beaucoup, des agencements machiniques et délirants des désirs (pour parler contemporain), du Verbe et de son incarnation, de l’imagination, du libre-arbitre et de la volonté de l’homme… Il a même pu me sembler, mais j’exagère sans doute, comme à mon habitude, que toute la philosophie depuis Athanase s’était en somme amusée, quitte à finir par se tripoter seule, à explorer en long, en large, en travers, et surtout n’importe comment, pondant de longs traités, changeant la définition des termes selon ses intérêts – serviles ? – du moment, plaçant une négation où il n’y en était point, etc. ; s’était en somme amusée, dis-je, à explorer, développer, embrouiller, pervertir, et cela presque à l’infini, des questions qui sont traitées simplement et clairement en quelques lignes.

    Je me suis demandé pourquoi ? C’est certainement une erreur.

    Et je me suis dit ceci : Certes Athanase n’est pas, quoique nourri de culture grecque, d’abord un philosophe. Pour raisonner, pour déployer sa logique, il s’appuie sur la Bible. Donc il fait de la théologie (quelle idée). D’accord. On peut donc se dire, Athanase n’est pas philosophe puisqu’il s’appuie ouvertement sur un texte poétique, la Bible – en l’espèce, celle des Septante –, c’est-à-dire sur une fiction, pour fonder sa logique, qui donc est théo-. 

    Mais j’aurais personnellement tendance à prendre le problème à l’envers. Et si toute pensée, parce qu’elle appartient à une civilisation, à un moment donné d’une civilisation, ne pouvait déployer sa logique profonde qu’en s’appuyant sur une fiction, je veux dire : sur une fiction de la Vérité. Et si le drame profond, insoluble parce que nié d’emblée, presque a priori, par les philosophies interminables en cours, de la pensée contemporaine était de ne pas savoir du tout sur quelle fiction au juste s’appuyer.

    Prenez-moi pour un imbécile, vous me ferez plaisir : je suis parfaitement au courant que de Dieu, nous serions passés à l’Homme. Mais cet Homme-là ne s’est pas trouvé de fiction universelle par quoi naître et sur laquelle tout le monde (ou presque) s’entende ; les déclarations de ses droits infinis et de ses quelques devoirs, du point de vue de la fiction poétique sont archinulles, de déjà confiner trop ouvertement au juridique, et d’un point de vue juridique sont d’une construction tellement niaise qu’elle devrait, si nous n’étions tombés dans la marmite tout petits, tout bonnement nous faire honte.

    De sorte que ce qui manque aux philosophes, ce n’est en aucun cas, l’intelligence, la rigueur ou le vocabulaire, c’est tout bonnement la fiction de la Vérité sur laquelle appuyer leur logique. Aussi se trouvent-ils tous contraint de palier au manque de cette fiction ; et tous y pallient bien sûr avec les moyens du bord et selon ce qui les arrange ; le plus souvent, me semble-t-il, en partant du principe que cette fiction existe, qu’elle est archi-connue, que son extension est immense, que la partie vaut pour le tout, et que donc, ils peuvent aussi bien s’appuyer sur ce morceau-là que sur ce morceau-là et inventer autant de concepts imbittables qu’ils en auront besoin ; après quoi la chose bien sûr finit en concurrence éparpillée, idiote et désastreuse, sans plus aucune unité, chacun ramenant un auteur célèbre ou inconnu, voire même tout à fait aberrant, s’appuyant sur l’Histoire selon Groucho Marx, ou le corps sans organes selon Artaud, ou la psychologie des profondeurs, ou l’ontologie poétique entr’aperçue des Grecs présocratiques, la logique maothématique selon Alain Badiou, ou sur n’importe quoi… Et me voilà revenu à mon premier paragraphe, au revoir, il est tard, je vais me coucher.