12.11.2009

Pause

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a cessé de courir, brutalement. Et comme les chimères qu’il courait, elles, n’ont pas cessé, elles se sont éloignées de lui le plus simplement du monde. Oh, sans doute pas pour longtemps, il le sait. S’il le pouvait, il se retirerait volontiers de la ville et de ses saloperies et il irait vivre au milieu des arbres et sous la flotte, dans une longue maison de plain-pied, en compagnie des quelques personnes qui lui font, chaque jour, l’honneur de partager sa vie. Là, par exemple, calfeutré dans le manteau du temps, il lirait chaque matin un beau morceau de Bible et prendrait le temps, après chaque déjeuner, de fumer sur son banc de très gros cigares, ouais. Et il irait à la chasse. Et tout ça. Mais il sait bien qu’il y a la réalité et qu’il ne va pas faire ça ; non plus que plaquer tout pour aller livrer je ne sais où une très probable guerre et crever en pissant le sang. Le plus certain est qu’il reste là, toujours plus écartelé par ses contradictions chéries, mais pourrissant de compromis variés, sourd de douleur, insupportable à qui l’aime et trahissant tout ce qu’il peut. Mais vous avez compris : il est déjà reparti à courir. Du coup, cette nouvelle est trop longue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09.11.2009

Altruisme

 

 

 

 

 

 

 

 

Il regarda sa gueule dans le miroir et se demanda combien de fois déjà il avait vécu ça et si ça arriverait encore. C’est après seulement qu’il avait été bien écrasé par la pression énorme et lente de ce monde, et tout au bord de maintenant mourir, qu’il se sentait enfin en vie, et prêt à en découdre avec la terre entière, pas tant pour survivre que pour le plaisir enfantin, cruel de la bagarre. Puis il colla au ralenti son poing droit dans le miroir, visant le reflet de sa mâchoire, et appuyant un peu son geste vers la fin, étoila durablement cette image de lui-même. Abîmé, le miroir resta collé au mur. Il se dit que c’était là peut-être la seule œuvre d’art qu’il ferait jamais, que personne n’en pourrait rien savoir et que c’était bien mieux ainsi. Puis il pensa soudain à ce que sa femme lui dirait au soir de l’état du miroir et partit tout seul d’un bon rire. Ne fallait-il pas, après tout, que la violence demeurât son amour ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

02.11.2009

The Tartuffe reloaded

Quel qu’il soit finalement, ce texte fait suite, d’une façon ou d’une autre, à :

Mauvaise paix

Sur Mauvaise paix

 

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Quand je me suis levé, tu dormais. J’ai regardé ton visage dans la pénombre ; l’enfance et la mort s’y lisaient tout ensemble. Souffle ténu de ta respiration. En me rasant, dans la salle de bain, j’ai eu l’impression de faire une chose civilisée. Peut-être la seule au fond que je ferai ce jour. Face au miroir. Je suis repassé dans la chambre. Prendre une chemise. Au lieu de sortir, je me suis assis au bord du lit et j’ai passé ma main dans tes cheveux. Tu as murmuré quelque chose, mais je n’ai pas compris et n’ai rien répondu. Quand j’ai fermé la porte de l’appartement, ton réveil s’est mis à sonner. Dans la rue, en direction du café, la première cigarette aux lèvres sous le crachin qui tombait, je me suis amusé de fredonner « comme d’habitude ».

Je ne devrais vraiment pas donner à lire un tel texte, qui n’est ni vraiment fini ni vraiment commencé. Sans compter que ce qu’il dit me déplaît fortement, y compris sa mauvaise évocation de Bloy et de son Saint-Esprit, sur la fin.

Mon idée de départ était de glisser dans le corps même de ce texte aussi abstrait que malhabile, en italiques, des phrases concernant un couple et son intimité. Pour émouvoir un peu, aussi – je suis vraiment une saloperie. Pour teinter l’ensemble d’un côté cut-up à la fois très moderne – mais les modes passent – et très ringard. Puis j’ai abandonné l’idée. Quand je me suis aperçu que ce texte-là, avec ce qu’il trimbale de politique, pourrait aussi s’appeler Mauvaise paix ou même Accélérer la catastrophe… Toujours les mêmes titres. Même si je suis finalement capable d’angliciser la chose, hésitant encore entre Happening et Coming soon. Pensant même à The Tartuffe reloaded.

C’est encore un texte sur le théâtre, finalement. L’hypocrite, après tout, étymologiquement, c’est le comédien. Je trouve d’ailleurs amusant de penser que, puisque vous avez fatalement lu son titre, vous qui lisez ce texte en savez plus que moi qui l’écris. Et quoi ? Il y a un problème avec le temps, non ?

Peu importe. Voici le texte.

 

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31.10.2009

Sur Mauvaise paix

 

A Ambre, dont je ne sais rien ;

aux autres lecteurs, connus et inconnus, amis ou ennemis, de ce blog.

 

 

Commençons, par goût pour l’auto-dérision, par citer l’un de nos meilleurs auteurs comiques, heureusement décédé :

« Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très attentifs et diversement influents, je ne peux évidemment parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n’importe qui. »

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle

 

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29.10.2009

Mauvaise paix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a levé le nez de son café et il l’a regardée. Puis il a prononcé, assez lentement, la phrase qui s’était formée dans son cerveau. Et il l’a regardée la recevoir. Et, pour ainsi dire, il a vu la phrase exploser dans sa tête. Il a regardé ses yeux s’embuer et admiré l’effort qu’elle faisait pour retenir les larmes. Puis il a repris, par gentillesse, la conversation anodine qu’ils tenaient jusque là. C’est bien plus tard qu’il a compris qu’il s’était aussi fait mal. Mais il a bien failli, une fois encore, ne pas s’en apercevoir. – Mais elle, tu l’aimes ? C’est le genre de questions auxquelles, sincèrement, il n’a jamais eu de réponse. Du coup, il a plutôt tendance à dire oui. Pour avoir la paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28.10.2009

Ordo Temporis II

 

 

 

 

Le monde existe à peine ; et ce qu’il n’est pas est infiniment plus que ce qu’il est.

 

 

 

 

 

 

 

 

21.10.2009

Ordo Temporis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la parole empêche l’acte, quel acte empêche-t-elle ?

 

 

 

 

 

 

 

 

10.10.2009

Regards

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C’est amusant, à la fin.

Les images ont tout envahi, semblent évidemment autorisées. On peut tout montrer, fiction ou réalité ; guerres, viols, meurtres, charniers, opérations médicales. La parole en revanche semble presque interdite. Il faut, dès lors qu’on s’attache à certains sujets graves, et la mode peut fort bien réputer grave, à n’importe quel moment, n’importe quel sujet, délaver des euphémismes qu’auront précédés de plâtreuses circonvolutions oratoires.

 

Badinons donc.

Il faut bien vivre avec son temps.

 

La pornographie règne, dans toutes ses dimensions ; non moins qu’elle est indifférente. La parole, elle, n’a jamais été tant crainte ; au point qu’il nous la faut bannir.

Renouvellement et originalité incessants d’un côté. Identité – dans les deux sens – de l’autre.

Pouvoir d’un côté. Puissance de l’autre.

 

Silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25.09.2009

Non poésie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De plus en plus souvent, je ne mets pas en ligne des billets écrits, tapés. Je les relis, et puis : à quoi bon ?

Parfois, aussi, j’ai honte. Ils disent exactement ce que je veux dire, ce que je pense ; et donc, je ne les mets pas en ligne.

Je me suis bien rendu compte de cela ; aussi ai-je cessé d’écrire des billets.

La phrase atteint son but et le détruit.

 

– Qu’est-ce que tu vas écrire, maintenant ? me demande une amie.

– Je ne sais pas, moi. Des poèmes d’amour.

Il touche le fond. Je l’ai clairement vu penser ça. Mais elle a juste dit :

– Je crains le pire.

Il y a eu un silence.

– Tu es amoureux ?

– Pour quoi faire ?

D’ailleurs, je n’aime pas non plus la poésie.

Des miniatures comme celle-ci ne méritent pas qu’on passe à les écrire plus de temps qu’à les lire.

 

Je mens, bien sûr.

Je sais très bien ce que j’écrirais si j’avais du courage.

01.09.2009

Bonheur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soleil. Piscine. Je suis assis là, mollets et pieds dans l’eau. Le type s’assied à côté de moi, dit :

– La lâcheté est une des conditions du bonheur, non ?

Je le regarde. Il a dans les quarante-cinq ans. Je lui réponds :

– Dans mon cas, ça ne suffit pas.

Il rit. Moi aussi, du coup.

Silence.

Il dit :

– Peut-être que c’est le bonheur alors qui est prétexte à la lâcheté.

– Oui. C’est à la lâcheté que servent nos rêves.

Il m’offre une cigarette. On fume en silence. Le soleil cogne.

Alors, on n’est pas bien, là ?

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